Que Calor ! #9 – Pêche en haute mer avec High Stakes Charters

Que Calor ! #9 – Pêche en haute mer avec High Stakes Charters

Pêche haute mer

Pêche Offshore avec High Stakes Charters

Aujourd’hui, il nous est inutile d’attendre le réveil pour être debout. Ce n’est pas sans excitation ni interrogations que nous nous préparons dès l’aube pour aller à la pêche. Je n’ai jamais eu de difficulté à me lever pour ça, et suis ravi que Nell ait décidé de m’accompagner dans cette aventure. Avant d’entrer dans les détails, quelques explications : j’ai passé une partie de mon enfance à arpenter les canaux, étangs, lacs, rivières et fleuves de France avec mon père et mes grands-parents, et ait été mordu de pêche, comme on dit, avant de laisser tomber cette activité. Pour cette activité, je peux être d’une patience et ténacité infinie. Je n’ai jamais pêché en mer, mais le premier roman que j’ai lu fut Le Vieil Homme et la Mer d’Ernest Hemingway envers qui j’ai une admiration sans faille. Si vous avez suivi, nous étions dans sa maison de Key West la veille. J’ai relu son œuvre avant le départ et l’ait fait lire à Nell. C’est dans cet état d’esprit que nous avions décidé de réserver un bateau et un équipage lors de ce voyage. Un rêve à réaliser. Un vrai. D’où sûrement, ce sentiment que l’adrénaline est déjà présente.

Les Keys offrent de nombreuses espèces et plusieurs types de pêches : en haute mer, vous irez chercher les marlins, espadons, wahoos, thons à la traîne. Sur les récifs, vous pourrez trouver des mérous, barracudas, requins, sérioles. Et dans les eaux intérieures, ce sont les tarpons que vous pourrez aller trouver, sur bateaux à fond plat généralement. Pour une partie de pêche, on passe par un charter qu’il faut choisir et réserver. Pour nous, ça sera haute mer, et s’il y a l’embarras du choix, nous avons choisi de passer par High Stakes Charters, qui ont l’avantage d’être localisés à Key West (Oceans Edge Resort & Marina) : leur bateau, refait à neuf, est tout confort (climatisation intérieure, doubles salles de bains, toilettes), et les avis étaient excellents. Après une rapide discussion, nous avions choisi de partir à la journée pour maximiser nos chances. J’espérais prendre un espadon, même si la saison n’est pas la plus propice. Les Marlins arrivent quant à eux plus tard, ce qui nous donnera une raison d’y retourner. C’est un charter opéré en famille, par la famille Jonas – ça ne s’invente pas – Jason est le capitaine, accompagné de Matt son second, et Cayce, son amie, qui s’occupe de la communication.

Nous prenons un taxi, commandé la veille à la réception de l’hôtel, aux alentours de 7h. Il arrive un peu en retard, ce qui m’agacera un peu car le timing est serré et il faut partir tôt.

Key West Taxi

Marina Keys West

La météo est bonne et c’est un océan clément qui est annoncé. Il faut que je précise quelque chose : j’ai passé plusieurs mois sur un voilier en Méditerranée par le passé, lorsque je vivais à Malte. A ma surprise à l’époque, j’ai découvert que j’avais le pied marin et ait eu l’honneur d’affronter une sacrée tempête lors du printemps 2007. Je me demande comment Nell va gérer une journée entière sur un bateau… Du coup nous avons prévu quelques antihistaminiques. Nous reviendrons là-dessus plus tard. Arrivés à 7h20 sur le port, pile à l’heure, nous rencontrons Jason, Matt et Cayce qui nous attendent et nous font embarquer rapidement. Le bateau est prêt, nous avons amené quelques bières et snacks, et ils nous fourniront eau et sodas. Le High Stakes est un Sport Fisherman de 16m, avec deux moteurs Caterpillar de 650 chevaux : de quoi aller vite, comme se vante Jason : la mobilité est un atout quand il s’agit de pêcher à la traîne. Les charters communiquent aussi les spots entre eux, même si on peut imaginer qu’en bons pêcheurs, il y a forcément quelques secrets bien gardés sur les meilleurs coins.

High Stakes Charters

Jason nous invite à monter sur le pont supérieur le temps de nous éloigner de la marina. Nous filons sur l’eau à grande vitesse vers notre premier spot qui sera l’occasion d’essayer de pêcher quelques appâts vifs, qui permettent d’augmenter les chances. Le bateau est équipé d’une chaise de bataille de qualité, et de plusieurs cannes de traîne (courtes, très rigides, avec des énormes moulinets casting) et deux cannes équipées de moulinet spinning. Arrivés au premier spot repéré par une bouée, Matt lance une petite ligne et attrapera un petit appât. Après quelques essais, il abandonne l’idée d’en attraper plus.

High Stakes Charters

High Stakes Charters

Nous discutons un peu des techniques, du fait que ni Nell ni moi n’ayons pêché de cette manière. (Nell n’a d’ailleurs de toutes façons jamais pêché). Il est tôt mais le soleil tape déjà : la crème solaire obligatoire, l’équipage a des tenues spécialisées intégrales anti-UV (c’est un peu cher à l’achat pour une seule sortie mais ça peut valoir le coup, vous verrez notamment ce qui s’est passé le lendemain à Dry Tortuga). Quelques minutes plus tard, sous un beau temps et peu de vagues, nous arrivons sur un récif et Jason me dit qu’on va pêcher. Je rejoins Matt, avec Nell qui filme tout ça. Il prépare une canne spinning avec un vif, m’explique que ça va être sport, et lance. L’attaque est immédiate et il me passe la canne. Ici, pas de chaise de bataille, pas de ceinture, j’attrape canne et moulinet et c’est parti et… ça tire. Plus que tout ce que j’ai pu combattre jusque-là. Ça ressemble à une défense de brochet avec des accélérations fulgurantes. Je ne sais pas encore ce que c’est et ait un peu de mal à imaginer la taille, jusqu’à ce qu’il remonte à la surface et que j’aperçoive un sacré barracuda. Bagarreur le bougre ! Le combat dure quelques minutes mais c’est un bon échauffement pour les avant-bras. Il finit par se rendre : Matt le remonte et c’est l’occasion d’une petite séance photo. Cela fait à peine plus d’une demi-heure que nous sommes partis ! Toute l’équipe met l’ambiance, et Jason lance à Nell que c’est à son tour. Je ne sais pas trop si elle y a cru sur le coup, mais Matt n’a pas attendu et préparé une autre ligne, et quelques secondes après, il lui file la canne après avoir ferré un barracuda, un peu plus petit certes, mais tout de même ! Pour une première prise, c’est sport ! Les barracudas sont relâchés car non consommés, trop sujets à la ciguatera qui peut causer des sérieux problèmes.

Il faut avouer que c’est déjà la joie. Nous ne nous attendions pas spécialement à ça. Pour la suite, Nell monte sur la plateforme supérieure : c’est sacrément haut et je suis surpris de son initiative. A cette occasion, Matt me briefe sur la chaise de bataille et sur ce qui va se passer si on pêche un espadon ou autre poisson de bonne taille. Il ne faut pas attendre longtemps pour entendre le bruit caractéristique de la ligne qui file et pour tester cette chaise. Je m’y installe, remonte un poisson très léger sans aucune difficulté : une petite bonite, que l’équipage gardera dans la glacière pour nourrir les appâts vivants qui sont dans un aquarium. Je sens Jason et Matt un peu inquiets sur la suite de la pêche, ils discutent entre eux beaucoup, et finissent par décider d’aller autours de haut-fonds. Nous profitons du bateau à ce moment-là. La matinée est agréable, baignée de soleil. Nous avons même la chance d’être visité par un groupe de dauphins qui sautent à babord.

Matt vient ensuite me voir alors que je suis assis à la proue. Il me demande si je me sens costaud. Je ne comprends pas tout à fait ce qu’il me dit là, je ne sais pas trop quoi répondre : en vérité, je suis un peu fatigué et je ne me sens pas fort du tout, mais pas question de rater une bonne occasion. Le bateau s’immobilise, Jason lui dit de m’équiper de la ceinture, et Matt sort une canne spinning et lance un autre appât vivant. Il sonde différents spots jusqu’à avoir une touche. Ça mord ! Il m’explique rapidement qu’il faut d’abord que je laisse filer parce que le bateau va manœuvrer pour fatiguer le poisson et me donne la canne.

Alors là, c’est autre chose. Là, je ne suis plus sur du gros brochet ou barracuda ou autre mais sur quelque chose que je n’ai jamais eu l’occasion de combattre. La puissance qui est transmise tout au long de la ligne jusque dans mes avant-bras et dorsaux est de l’ordre de l’inconnu. Matt m’explique la marche à suivre : maintenir ligne tendue, relever la canne, l’abaisser en moulinant, surtout bloquer les cuisses sur le bastingage pour pas passer par-dessus bord. J’avoue : les premières minutes, je ne maîtrise rien et essaie de limiter la casse, j’ai l’impression de me faire embarquer par un camion. La canne est pliée en deux, la ligne tendue au max, et le combat va durer ainsi plusieurs minutes où malgré la limpidité des eaux je ne verrai pas à quoi j’ai affaire. Puis, la forme du poisson et les reflets brillants se dégagent. C’est gros, mais ce n’est pas un espadon. Sur le coup je me dis “mais qu’est-ce que ça doit être de sortir un Marlin !”. L’équipage applaudit et remonte le poisson à bord : c’est un Greater Amberjack, une sériole en français. Un poisson bien connu pour les courbatures et hématomes qu’il laisse aux pêcheurs. Mes bras sont quasiment paralysés, j’ai mal au dos, mais quelle joie ! Je suis à la fois fier et respectueux. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de vivre ça mais il faut respecter le combat, comme Hemingway nous l’a appris. Matt nous demande si on mange du poisson. Nous répondons que oui, et il ira donc à la glacière. Puis Jason tance Nell : “A toi, maintenant !”. Après quelques hésitations et refus de circonstance, elle s’installe dans la chaise de bataille…

High Stakes Charters

C’est quand même quelque chose, de pêcher pour la deuxième fois et d’avoir à sortir un poisson qui doit dépasser les vingt kilos. La plupart des gens, selon les techniques, auront affaire à une petite truite, gardon, ou perche pour débuter. Là, c’est Amberjack tout de suite. Je dois avouer un truc : je suis bluffé par la technique de Nell, on dirait qu’elle a fait ça toute sa vie ! Sur la chaise de bataille, malgré la difficulté (et croyez-moi, ce n’est pas évident de mouliner avec un énorme engin de casting et de gérer une canne de traîne), je n’ai aucun doute qu’elle le sortira ! Alors certes, il est un peu plus petit, mais tout de même ! Un sacré poisson. Bravo ! Toute l’équipe applaudit, et le poisson aura même le droit à son bisou. Celui-là repartira à l’eau : on a déjà suffisamment à manger !

Quelques temps après, justement, Jason et Matt nous demandent si nous aimons les sashimis… Ils ont pêché des thons récemment et nous propose d’en préparer : le poisson n’est pas du jour et il est dans des conditions idéales visiblement. Bien sûr, nous adorons les sashimis, donc c’est parti. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour que nous soit servie une assiette de sashimis de thons avec wasabi : un vrai délice. En plus, après avoir bataillé comme nous l’avons fait, quelques protéines ne sont pas de refus.

La pêche est une affaire de patience, de ténacité et de confrontation directe avec l’incertitude. S’il y a tant de mythes de pêcheurs, de superstitions, et d’interprétations de signes dans la pêche, c’est bien pour essayer de trouver des guides et justifications à la décision. C’est valide aussi à la pêche à la traîne : il faut savoir quand insister sur une zone, quand mettre les voiles pour en prospecter une autre, malgré la présence de sonars et d’équipements électroniques de pointe pour aider. Je crois que c’est pour ça qu’une partie de pêche a toujours une certaine intensité, même dans le plus grand des calmes. Je suis quelqu’un d’assez nerveux, mais mettez-moi à la pêche, et vous n’y verrez que du calme et du feu, même dans des situations qui pourraient être prodigieusement énervantes.

Et de la patience, et du courage, il va nous en falloir pour la suite : la météo se dégrade vite et de manière imprévisible. Petit à petit, à la mi-journée, la houle de l’océan commence à se faire plus importante et il tombe quelques gouttes. Ce ne sont pas des conditions idéales, et de plus nous naviguons alors dans des eaux de plus en plus troubles, où il faut bien avouer que les chances d’attraper un espadon deviennent minimes. C’est là que se révèle l’intérêt d’avoir choisi un bateau climatisé et disposant de fauteuils inclinables et d’un canapé. Nell, après avoir tenu courageusement un certain temps, ne se sent pas très bien et va pouvoir s’allonger. Pour ma part, je dois aussi confesser un certain inconfort. Je repense aux tempêtes méditerranéennes, et me dit que ce n’était pas la même chose d’affronter des vagues de plusieurs mètres sous un vent violent : l’adrénaline entre en jeu, ce qui n’est pas le cas pour la situation actuelle où nous ne risquons pas grand-chose.

En début d’après-midi, il nous reste deux heures de pêche, et nous commençons à voir l’agacement chez Matt et Jason. Mais à deux reprises, des départs de ligne vont nous remettre en émoi : je remonte deux thazards, ou maquereaux rois : des beaux poissons vigoureux, mais ne présentant aucun intérêt sportif.

Pêche

High Stakes Charters

Le second me dit alors que nous devrions aller tenter d’attraper des thons et abandonner l’idée des espadons, l’eau étant trop trouble. Des thons auraient été repérés sur un autre lieu. J’accepte, il ne nous reste de toutes manières que peu de temps et d’après les communications radio, les autres charters n’ont pas plus de succès. Jason met alors les gaz et balaie une nouvelle zone de pêche, sans succès malheureusement. Le soleil commence lentement à décliner et nous repartons vers la marina, avec des superbes souvenirs et un poisson en glacière. Tant pis pour l’espadon ou le marlin, ce n’est que partie remise. Nous reviendrons !

High Stakes Charters

Arrivés au port, le père de Jason nous attend. Il a confié l’entreprise à son fils mais c’est lui qui l’a bâti. Il y a aussi une armée de pélicans qui savent pourquoi ils sont là et ne manqueraient les retours de pêche sous aucun prétexte. Matt s’affaire à sortir l’Amberjack, tout congelé, pour nous le préparer. A ce moment-là, je ne sais pas trop comment ça va se passer : nous sommes venus en taxis, le poisson doit faire dans les 25 kgs, et j’ai quelques doutes sur ce qu’il va nous donner. Il découpe la sériole sur un banc spécialisé. C’est loin d’être le meilleur poisson (visiblement, le mahi-mahi reste le meilleur, mais ce n’est pas la saison), et il demande une découpe professionnelle car seuls des filets bien préparés sont vraiment intéressants. Des parasites inoffensifs peuvent infester d’autres zones. Les restes iront aux pélicans, bien contents de ne pas être bredouilles eux aussi. Matt nous prépare un petit sac qui contient 1 kg de poisson environ, et se propose d’en découper plus, ce que nous refusons : c’est bien trop et nous serons sur la route après, nous leur offrons donc. Il nous recommande d’aller faire préparer le poisson dans un restaurant de locaux situés à quelques minutes de là. Il doit être près de 17h30, nous avons très faim, et après avoir chaleureusement remercié et payé l’équipage, nous nous mettons en route, à pieds.

Nous traversons alors des villages de pêcheurs et d’équipages. Ce sont des maisons souvent préfabriquées, parfois très rudimentaires, mais il est amusant de constater qu’ils ont tous des voitures flambant neuves. Le restaurant en question est déjà bien peuplé et on y trouve beaucoup de locaux. L’accueil est excellent et on nous propose de préparer notre poisson : il est possible d’en faire des sashimis (pas recommandé pour la sériole), les frire, cuire de manière traditionnelle, et nous avons droit à des accompagnements. On opte pour tacos, mix de friture et cuisson classique, et bien entendu cocktails, de circonstance. La quantité est gargantuesque ! Mais on mettra un point d’honneur à manger tout le poisson, par respect pour sa chair. C’est une excellente expérience ! Du poisson frais à ce point, c’est la régalade…

Hogfish Bar & Grill

Hogfish Bar & Grill

La nuit tombe progressivement et nous nous mettons en route, en Uber cette fois, épuisés mais la tête pleine de souvenirs d’une journée mémorable ! Il faut aussi vous confier quelque chose : Nell avait embarqué des chips à la banane. De la banane, sur un bateau. Les espadons étaient alertés.

Nous finissons notre soirée dans le jacuzzi et la piscine de l’Eden House que nous avons pour nous seul à la nuit tombée. Nul doute que la nuit sera bonne et nous préparera à vivre dès le lendemain une autre journée extraordinaire !

 

 

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